Interviews

Caroline Viphakone : accompagner les écrivains au temps du numérique et de l’IA

ateliers moody animés par Caroline Viphakone
Caroline Viphakone animant un atelier d’écriture à la librairie le Nuage Vert. Crédit photo : Camille Dellerie

Numipage est heureux d’interviewer aujourd’hui quelqu’un qu’on suit depuis de nombreuses années, Caroline Viphakone qui anime notamment des ateliers d’écriture en présentiel et à distance (Ateliers de Moody) et qui a un long parcours dans la médiation culturelle et comme entrepreneuse dans l’édition.

Tu peux nous en dire un peu plus Caroline sur ton parcours et tes différentes expériences ?

Caroline : Mon parcours a commencé dans l’édition après des études d’anglais avec une option livre, puis un stage chez Numilog qui m’a sensibilisée très tôt aux questions d’innovation et de numérique. J’ai ensuite décidé de me lancer à mon compte avec Infinite RPG, une plateforme collaborative dédiée au jeu de rôle qui a rassemblé jusqu’à 10 000 utilisateurs. C’est là que j’ai développé mon modèle économique autour des ateliers d’écriture.

Aujourd’hui, j’anime des ateliers d’écriture, à la fois en ligne et en présentiel. J’ai d’ailleurs complété ma formation avec un Master en ingénierie pédagogique à Lille pour mieux accompagner les participants.

Comment as-tu vu évoluer le rapport de l’édition au numérique ?

Caroline : Ça a pris du temps ! Le modèle de l’édition traditionnel fonctionne bien depuis le XIXe siècle, et même si les éditeurs ont testé le numérique assez tôt, ils n’ont pas trouvé cela suffisamment rentable au départ. En revanche, en médiathèque, le prêt numérique à la demande a trouvé sa place, même s’il peine à s’affranchir du lectorat traditionnel.

Aujourd’hui, le numérique s’est imposé pour les usages internes, la communication, les plateformes et les réseaux sociaux. Les maisons d’édition se saisissent des réseaux sociaux, avec la mouvance BookTok par exemple, pour promouvoir leur catalogue.

Les plate-formes d’autopublication comme Wattpad ou des concours d’écriture diffusés en ligne peuvent servir de point d’entrée pour découvrir de nouveaux auteurs, à l’instar d’Anna Todd (After) qui a débuté sur Wattpad.

Est-ce que le numérique ouvre vraiment à plus de lecteurs ?

Caroline : C’est ma conviction profonde en tant qu’animatrice numérique : le numérique peut connecter les personnes, les réunir et permettre un accès plus large aux savoirs. Il a permis un accès différent et potentiellement plus facile pour les zones blanches, le public éloigné des centres culturels.

Prenez l’exemple des mangas scannés ou des livres non traduits ou plus édités : le partage numérique permet d’y accéder. Sur Amazon, par exemple, on peut trouver des titres qu’on ne peut pas acheter en présentiel dans certaines zones géographiques. Les sites de fanfiction offrent aussi de nouvelles possibilités créatives.

Mais il y a un aspect négatif : parfois, le public qui adopte ces outils est déjà constitué de gros lecteurs qui voient simplement l’avantage pratique des liseuses, notamment en bibliothèque.

Le sujet qui traverse l’édition c’est également la place plus globale de la lecture dans les temps de loisirs. Le temps de lecture a baissé, on achète moins de livres, même les grands lecteurs ou grandes lectrices. La lecture fait face à un nouveau type de concurrence avec la démocratisation des plateformes de streaming. Les librairies sont en concurrence avec Netflix, finalement.

Et côté écriture, quelles évolutions constates-tu ?

Caroline : L’écriture sérialisée sur des plateformes comme Wattpad a vraiment changé la donne. Des auteurs écrivent par épisodes de 3500 mots environ, ce qui crée un nouveau rythme narratif. On observe aussi une appétence croissante pour les formats courts, avec de plus en plus de nouvelles.

Que penses-tu de l’arrivée de l’IA dans l’écriture ?

Caroline : C’est une question qui interroge effectivement l’écriture traditionnelle. Dans mes ateliers, j’accompagne les participants pour comprendre comment l’IA peut les aider, mais aussi comment faire abstraction de cette technologie quand c’est nécessaire.

Je comprends ce « ras-le-bol numérique » que certains ressentent, mais je vois l’IA comme un outil, au même titre que Word ou Antidote. Elle peut aider sur la structure, la correction, l’inspiration ou débloquer des passages difficiles. Il faut noter qu’on voit déjà des titres publiés entièrement générés par IA, ce qui pose de nouvelles questions sur la création littéraire.

Comment se déroulent concrètement tes ateliers ?

Caroline : J’organise une fois par mois des ateliers thématiques, ainsi que du coaching collectif pour maintenir la motivation à écrire. L’objectif est de créer une émulation collective autour de l’écriture.

Y a-t-il un aspect communautaire dans l’écriture numérique ?

Caroline : Absolument ! L’émulation collective fonctionne très bien, que ce soit dans mes ateliers ou sur les forums d’écriture. Les participants se motivent mutuellement, s’inspirent et progressent ensemble. C’est cet aspect communautaire qui fait la richesse de l’accompagnement à l’écriture aujourd’hui, qu’il soit numérique ou non. Je nomme cela « l’effet bibliothèque ».

Plus d’interviews

À propos de l’auteur

Laurent Hentz est fondateur et co-fondateur de plusieurs sociétés dans le domaine de la culture et de la communication web. Il est consultant, formateur et professeur dans plusieurs écoles. Ses domaines d’expertise sont l’édition numérique, les NFTs, la création et la maintenance de sites WordPress et leur optimisation pour les moteurs de recherche (SEO, SEA). Il est le fondateur de Numipage et propose également des services sur lhentz.com.

Voir ses interventions.

« Connaître et valoriser la création littéraire numérique en bibliothèque » discussion avec Franck Queyraud

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L’ambition principale de ce nouvel opus est de proposer une cartographie du lire-écrire aujourd’hui. Publier, (s’) éditer, diffuser ou recommander à l’ère numérique sont les concepts interrogés, explorés et parfois redéfinis.

Même si nous abordons dans certains chapitres le livre homothétique**, il s’agit plutôt de faire découvrir les nouvelles formes de narrations nées de la connexion web (le web littéraire particulièrement développé en France) en rappelant que dès les années 70 un auteur comme Jean-¨Pierre Balpe a développé des dispositifs de génération automatique de textes, tentative exploratrice d’écriture sans l’intervention d’un auteur « omniscient ». Sa réflexion est intéressante concernant le concept d’auctorialité dans un contexte général où le web a proposé des outils pour que chacun.e puisse écrire, s’exprimer. C’est une bascule importante qui reste encore à étudier et documenter pour sortir des idées reçues (celle de l’autoédition, par exemple).

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Interview de Cécile Palusinski suite à la sortie de son ouvrage « Le crowdfunding »

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